Féminisme chrétien.html

 
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Le féminisme chrétien est un courant issu du féminisme et du christianisme initié par des femmes chrétiennes.

Sommaire

modifier Définition

Cet article s'intéresse au féminisme chrétien en tant que mouvement ou ensemble de mouvements. Il ne traite pas des chrétiennes qui militent individuellement au sein d'autres mouvements féministes, même si ces femmes se disent "féministes et chrétiennes"1, voire "féministes chrétiennes".

La définition du féminisme chrétien en tant que mouvement varie selon le mouvement féministe auquel il s'apparente (libéral réformiste, socialiste, radical, etc.) et le type de christianisme qui l'inspire (catholique, protestant, théologie de la libération, etc.). Mais le féminisme chrétien n'est pas un placage de deux idéologies : ses militantes unissent dans leur lutte le féminisme et le christianisme, en vivent les contradictions et en théorisent le rapport. Le féminisme chrétien est à la fois ce que le christianisme change au féminisme et ce que le féminisme change au christianisme.

Historiquement, depuis sa naissance comme mouvement de femmes à la fin du 19° siècle, le mouvement féministe chrétien a évolué d'un féminisme en quête de légitimité chrétienne vers un christianisme en quête de légitimité féministe : d'abord les féministes chrétiennes ont du donner des gages d'orthodoxie et de loyauté2 aux Églises, ensuite elles ont demandé à leurs Églises de prouver, en théorie et en pratique, que le salut chrétien libère les femmes.

En 1932, Soeur Marie Gérin-Lajoie est encore dans une position de justification vis-à-vis de l'Église : «Au féminisme libéral qui prône le droit au divorce, la limitation des naissances, l'organisation individualiste de la vie et la licence sous tous ses formes, elle [l'Église] oppose le féminisme chrétien, qui veut obtenir pour la femme certains droits, mais en vue de l'accomplissement intégral de ses devoirs3

Sa mère, Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, présidente de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste, expliquait en 1918 les fondements de son féminisme chrétien : "Ainsi conçue, la collaboration de la femme aux questions d'intérêt commun se présente à elle sous un aspect sévère et son activité extérieure est motivée, non par des raisons puériles ou de mesquines rivalités de sexe et des théories déclamatoires sur l'égalité de l'homme et de la femme; mais elle est justifiée par le fait que la fonction sociale de la femme différant par certains côtés de celle de l'homme, elle seule peut savoir dans quel sens elle doit la développer, la perfectionner et introduire dans sa propre vie ce progrès que la vie publique communique à la vie privée4"

Dans son acception récente, le féminisme chrétien est souvent le fait de femmes qui prennent conscience de leur commune oppression au sein même de l’Eglise, par ses membres et ses traditions patriarcales. Elles considèrent que cette oppression défigure le message de Jésus et entrave le salut qu’il apporte à toutes et à tous. Elles œuvrent donc pour la conversion des chrétiens, la réforme de l’Eglise et la libération de toutes les femmes afin que se manifeste le salut universel apporté par Jésus.

modifier Histoire des groupes féministes chrétiens

modifier Au Québec

modifier Au commencement

Militantes à Montréal au sein du National Women Council of Canada, enthousiasmées par le projet de « féminisme chrétien » de la Française Marie Maugeret en 1896, des femmes ouvrent en mai 1907 le congrès fondateur de la première association féministe canadienne-française, la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (FNSJB). 5

modifier A partir de 1960

Dans les années 60-80 naissent plusieurs groupes et mouvements qui formaliseront une identité commune, féministe et chrétienne, en 1996 dans l’Intergroupe des chrétiennes féministes (IFC) suite à leur déclaration commune au sujet de la note du cardinal Ratzinger réservant l'ordination aux hommes : le Réseau Femmes et Ministères (RFM), l’Autre Parole, le Mouvement des femmes chrétiennes (MFC), l’Association des religieuses pour la promotion de la femme (ARPF), les Répondantes diocésaines à la condition des femmes (RDCF), le Réseau œcuménique des femmes du Québec (ROF-Q) et l’Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFEAS).

A partir des années 1970, une nouvelle dimension de la critique féministe est apparue dans ces groupes : la critique du patriarcat au sein même de l’Eglise avec une théologie féministe et des revendications comme6 :

  • la reconnaissance de l’égalité fondamentale entre les femmes et les hommes,
  • la prise en compte des femmes dans l’enseignement de l’Eglise et l’adoption d’un langage inclusif dans la liturgie et le magistère,
  • l’amélioration des conditions de travail des femmes dans l’Eglise et l’amélioration de l’attitude des prêtres à leur égard,
  • l’accès à la formation théologique et le développement d’une théologie féministe,
  • l’accès aux ministères ordonnés et non ordonnés, l’accès au gouvernement de l’Eglise.

modifier En France

En France les pionnières ont pour nom :

  • Marie Maugeret et Marie Duclos, fondatrices de l’association catholique "Société du Féminisme chrétien" en 1897
  • Andrée Butillard (1881-1955), fondatrice de l'Union féminine civique et sociale en 1925
  • Marie-Louise Rochebillard (1860-1936), fondatrice des premiers syndicats féminins chrétiens
  • Edmée Frisch de Fels (Edmée de La Rochefoucauld) (1895-1991), fondatrice de l'Union nationale pour le vote des femmes en 1927
  • Marie du Rostu (1891-1979), secrétaire générale, de 1933 à 1969, de la "Ligue Féminine d'Action Catholique Française" (devenue "Action Catholique Générale Féminine" en 1955 puis "Action catholique des femmes" en 2008)
  • Marie Lenoël, fondatrice et présidente de la section française de l'Alliance internationale Jeanne d'Arc en 1937 : "Il est temps de démontrer que non seulement on peut être féministe bien que catholique, mais féministe parce que catholique"7
  • Cécile de Corlieu et Pauline Archambault, catholiques modernistes initiatrices de l'Union spirituelle des femmes, qui élaborent un féminisme religieux et s'attaque à la misogynie de l'Église catholique.
  • Le Mouvement Jeunes Femmes nait en 1946 pour permettre à des femmes protestantes mariées de mettre en œuvre leur vocation chrétienne, et de se sentir solidaires les unes des autres dans une réflexion sur leurs problèmes spécifiques. Jeanne Lebrun (1903-1996) est à l'origine de la création du mouvement, Suzette Duflo (1910-1983) en est la présidente de 1949 à 1966, Francine Dumas (1917-1908) la vice-présidente et Christine Rigal la rédactrice du bulletin. Le Mouvement soutient activement l'association « la Maternité heureuse », qui deviendra ensuite le Mouvement pour le Planning Familial dans lequel de nombreuses adhérentes Jeunes Femmes prennent des responsabilités. En 1981, le Mouvement Jeunes Femmes s'est scindé en deux, une partie a formé le Groupe Orsay, tandis que l'autre continuait sous le même nom en se déclarant féministe et laïque8.
  • En 1970, le groupe international Femmes et Hommes en Église (FHE) est fondé par à la fois en France et en Belgique. "Yvonne Pellé-Douël, le Père Marie-Dominique Chenu, sont les premiers à avoir encouragé son projet en France ; Suzanne van der Mersch et Pierre de Locht les premiers à l'avoir accueilli en Belgique. Des femmes et des hommes adoptaient ensemble et pour leur bien commun, la visée et la critique féministe. Ils et elles s'engageaient , en tant que chrétiens, dans l'aventure nouvelle d'un partenariat en sachant que celui-ci pouvait purifier et enrichir la vie de l'Eglise comme celle de la société."9

modifier En Belgique

En Belgique les pionnières ont pour nom :

modifier Une théologie féministe

Le féminisme chrétien a permis l’avènement d’une théologie féministe qui n’est ni une « théologie féminine » (un regard particulier de femme) ni une « théologie de la femme » (un domaine particulier de la théologie) mais une nouvelle herméneutique de la théologie elle-même. La théologie féministe repense à nouveaux frais la constitution du canon des Écritures 10, la paternité divine 11, l’identité du Christ12, l’action de l’Esprit-Saint, la dévotion mariale, les institutions de l’Eglise 13


modifier Références et notes

  1. Elles sont bien féministes puisque elles sont désireuses de se libérer de l'oppression masculine et qu'elles agissent avec d'autres femmes pour cette libération. Et elles sont chrétiennes en ce sens que toute chrétienne qui lutte avec d'autre femmes pour leur libération est une féministe chrétienne.
  2. LAMOUREUX Diane, «Idola Saint-Jean et le radicalisme féministe de l’entre-deux-guerres», dans Recherches féministes, vol. 4, n° 2 (1991), p. 56
  3. Soeur Marie Gérin-Lajoie, «Le retour de la mère au foyer», École sociale populaire, 227 (décembre 1932), p. 2.
  4. Marie Gérin-Lajoie, «Entre nous», La Bonne Parole, 7,7 (octobre 1918): 1. Cité dans Karine Hébert, « Une organisation maternaliste au Québec la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste et la bataille pour le vote des femmes », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 52, n° 3, 1999, p. 21.
  5. DUMONT Micheline, "Les débuts du féminisme québécois", Le Devoir, 28 mai 2007
  6. ROY Marie-Andrée, « Les revendications des femmes dans l'Église », dans Souffles de femmes: lectures féministes de la religion, sous la dir. de Monique Dumais et de Marie-Andrée Roy, Montréal et Paris, Ed. Paulines et Médiaspaul, 1989, p. 29-72. Étude des revendications des groupes québécois entre 1971 et 1986
  7. VAN LUNEN CHENU Marie–Thérèse, Femmes et hommes, Paris, Cerf, 1998, p. 100.
  8. Cf. Musée virtuel du protestantisme français
  9. Marie-Thérèse van Lunen Chenu, Actes du Colloque "Au tournant de l'histoire, chrétiens et chrétiennes vivent de nouvelles alliances ", mars 1997, éd. PROFAC Lyon
  10. SCHÜSSLER FIORENZA Elisabeth, En Mémoire d'elle. Essai de reconstruction des origines chrétiennes selon la théologie féministe, Le Cerf, Paris, 1986 (New-York, 1983)
  11. DALY Mary, Beyond God the Father : toward a Philosophy of Women's Liberation, Boston (Mass), Beacon Press, 1977
  12. RADFORD RUETHER Rosemary, Sexism and God-Talk: Toward A Feminist Theology, Beacon Press, Boston (USA), 1983. JOHNSON Elisabeth, « La masculinité du Christ », Concilium n°238,1991, p. 145-154. PARMENTIER Elisabeth, Les filles prodigues. Défis des théologies féministes, Labor et Fides, Genève, 1998. SHARP Carolyn, "La Christologie féministe", Relations, n°616, 1995, p. 300-302
  13. RADFORD RUETHER Rosemary , "Une Église de libération du Patriarcat: la praxis des ministères parmi des disciples égaux". Actes du deuxième colloque international œcuménique (Ottawa, 22-25 juillet 2005)

modifier Articles connexes

  • Projet/Féminisme chrétien : discussions, orientations et bibliographie pour la rédaction des articles liés au féminisme chrétien.
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